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Grand entretien
“On doit se mobiliser pour fortifier l'État belge avec nos amis flamands”
François De Smet
Le jeudi 23 janvier 2020

Irrationalité en politique, réorganisation des partis, réformes de l’État et les 200 ans de la Belgique étaient au programme de la grande interview de François De Smet dans le nouveau numéro du magazine Wilfried (repris par Le Soir+). 

Dans cette interview croisée avec le président du MR, Georges-Louis Bouchez, François De Smet répondait aux questions : « Est-il trop tard pour extraire le pays du sable dans lequel il s’est enfoncé jusqu’au cou, scrutin après scrutin, réforme de l’État après réforme de l’État ? La Belgique mérite-t-elle seulement d’être sauvée ? »

La Belgique est-elle foutue ? 

François Brabant et Quentin Jardon, journalistes chez Wilfried, commencent fort : « Suivant le dernier baromètre Le Soir-RTL publié le 13 décembre 2019, le Vlaams Belang recueille 27,3% des intentions de vote en Flandre, la N-VA 22,1%. En d’autres termes, un électeur flamand sur deux serait prêt à donner sa voix à un parti séparatiste. Signe que la Belgique, c’est foutu ? »

Pour François De Smet, le succès du Vlaams Belang, et dans une moindre mesure de la N-VA, mais aussi de l’extrême gauche, peut avoir l’air d’un hold-up. « Je ne pense pas que la plupart des gens qui votent Vlaams Belang et même N-VA aient un projet profondément séparatiste. Une partie oui, bien sûr. Mais lorsqu’on se rend en Flandre, les jeunes évoquent ces petites vidéos où l’on explique que votre grand- mère ne pourra pas profiter d’une chambre dans un home parce qu’il faut financer le train de vie d’un migrant. Ce genre de raccourci-là… D’autre part, ça fait septante ans qu’on vit dans une démocratie libérale, de façon ininterrompue. Peut-être qu’une partie des gens sont tentés par des votes extrémistes et radicaux, car la démocratie actuelle ne leur offre pas assez de possibilités pour s’accomplir, s’émanciper. Le citoyen n’a pas juste envie de ne pas être pauvre, il a aussi envie de se réaliser. L’essor des nouvelles technologies a bouleversé nos manières de penser et de faire de la politique. Je ne sais pas dans quelle mesure les partis raisonnables, démocratiques, vont encore pouvoir faire passer un message nuancé, un peu complexe, ou un peu impopulaire, dans cette société où il suffit d’une petite vidéo ou d’un tweet bien senti pour t’expliquer que le monde est simple et que si tout va mal, c’est la faute des autres. En fait, pour moi, il existe deux types de partis : ceux qui suivent l’opinion et ceux qui ont encore l’ambition de la faire. »

Scission de BHV, combustibles des partis nationalistes flamands ?

Au cours des années 2000, DéFI est un des partis qui s’est le plus farouchement opposés à la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), en menant une guérilla d’enfer pour l’éviter. Finalement, les Belges francophones l’ont quand même avalée, la scission. La question des journalistes de Wilfried est simple : « Quand on voit le poison que ce sujet a constitué, et à quel point il a servi de combustible aux partis nationalistes flamands… N’y a-t-il pas un énorme mea culpa à faire dans le chef des partis francophones ? Si on avait scindé BHV dès 2005 ou 2007, la Belgique ne serait peut-être pas dans un tel bourbier… »

Alors que Georges-Louis Bouchez adhère à ce constat, notre président apporte plus de nuances : « Je ne suis pas d’accord sur le fait de dire que tout serait merveilleux en périphérie bruxelloise, en dépit de la scission de BHV. De nombreux francophones commencent à se sentir abandonnés. Ce n’est pas l’apartheid, mais quand même, il n’est pas insensé de continuer à défendre les francophones en périphérie. 

Ensuite, on doit arrêter de s’amener à une table de négociation en n’étant demandeurs de rien. Il nous faut un agenda francophone commun. On ne pourra pas convaincre nos amis flamands, en tout cas les plus rationnels et démocrates que nous aurons en face de nous, si nous ne donnons pas l’impression d’être unis. Par le passé, on a accepté des réformes de l’État irrationnelles et parfois destructrices à cause de notre propre division. […] Pour moi, la plupart des Belges francophones veulent continuer à vivre en Belgique. Ils ne veulent appartenir ni à une République flamande, ni à une Bruxelles indépendante, ni à un État Wallonie-Bruxelles, ni à la France. On doit se mobiliser pour soigner cet homme malade de la politique belge qu’est l’État fédéral, pour le fortifier avec nos amis flamands. Ce qui ne doit pas nous empêcher de préparer un plan B au cas où, un jour, une majorité démocratique en Flandre souhaiterait partir. »

Une commission parlementaire pour une réforme guidée par l’efficacité

Interrogé sur la Nova Carta, François De Smet, explique : « Notre volonté est de lancer une commission parlementaire spéciale pour plancher sur une grande réforme guidée par le seul souci de l’efficacité, avec l’appui de la société civile. C’est une piste qui a réussi à contaminer positivement les esprits. Certaines réformes de l’État sont totalement irrationnelles. Elles se sont faites à trois heures du matin, non pas dans l’intérêt du citoyen, mais pour rendre possible la formation d’un gouvernement… Quelqu’un peut-il m’expliquer le côté rationnel d’avoir divisé les allocations familiales et le code de la route en trois ? Est-ce que la régionalisation de la prévention de la santé, avec six ministres différents, ça marche ? Je crois que les esprits sont mûrs pour une grande remise à plat. On peut prendre le temps de le faire, entre politiques mais aussi avec les professionnels des domaines concernés, tant qu’on ne fait pas dépendre de cela la constitution du gouvernement. L’idée, c’est de se reconnecter à nos institutions et de vider le contentieux belge. […] Ce serait surtout un pacte consistant à dire : on fait la dernière réforme d’une génération. Et on ne touche plus à nos institutions pour vingt, vingt-cinq ans. L’idée étant de forcer nos amis flamands à se positionner soit en faveur d’une Belgique plus efficace, soit en faveur de la destruction de ce pays. […] En 2030, nous allons fêter les deux cents ans de notre pays. Ça concerne notre génération politique. Imaginons que, dans dix ans, notre pays fonctionne mieux, avec un RER, un stade national… On pourrait se dire : montons une Exposition universelle. Je crois que notre génération doit être celle des grands projets, qui manquent, vraiment. Si on veut reprendre le contrôle du narratif politique, il faut d’abord proposer des projets qui nous unissent, et pas laisser le monopole du discours à ceux qui nous divisent les uns contre les autres, les étrangers contre les autochtones, les Flamands contre les Wallons, les rouges contre les bleus… »

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